Les femmes de 50 ans ne veulent plus être invisibles

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La campagne de mobilisation « Sexisme, pas notre genre » du ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes a labellisé de nombreuses initiatives œuvrant pour l’égalité entre les hommes et les femmes à travers la France. A cette occasion, la commission du Tunnel de la comédienne de 50 ans de l’AAFA a reçu le 9 mars le Prix de la « meilleure initiative labellisée » (Prix des internautes) pour son engagement. Décryptage de cette initiative luttant contre l’invisibilité des femmes de 50 ans au cinéma, à la télévision et dans la société.

 

En France, une femme majeure sur deux a plus de 50 ans, soit une population de plus de 13 millions de personnes, selon l’Insee. Or, seulement 8% des rôles distribués dans 202 films français en 2015 l’ont été à des femmes de plus 50 ans selon une étude de l’AAFA (actrices acteurs de France associés). Face à cette situation, Marina Tomé a créé au début de l’année 2016 la commission du Tunnel de la comédienne de 50 ans au sein de la structure. L’objectif ? Dénoncer un sexisme caché dans la société française.

« Nous voulons que toutes les femmes de plus de 50 ans soient représentées à travers nous. La télévision et le cinéma sont les reflets de notre société. Ce décalage entre la fiction et la réalité témoigne de la considération apportée aux femmes de 50 ans qui ne sont plus traitées comme une minorité invisible », interpelle Véronique Ataly, comédienne et membre de cette commission de l’AAFA.

Le « tunnel des 50 » chez les femmes touche tout le monde du travail, pas seulement celui du spectacle. 87% des femmes de 45 ans et plus interrogées estiment que les entreprises ne songent pas à elles et 89% considèrent qu’elles sont moins bien traitées que les hommes du même âge, selon une enquête de CSA menée pour le magazine Femme Majuscule.

Alors, comment faire pour que les femmes de 50 ans soient mieux représentées dans notre société ? Pour lutter contre cette discrimination sexiste, la commission du Tunnel de la comédienne de 50 ans de l’AAFA mène plusieurs actions.

Une campagne de sensibilisation contre cette discrimination

Pour que cette situation ne soit pas une fatalité, le collectif a mené une campagne de sensibilisation. En décembre, elle a dévoilé une vidéo destinée aux réseaux sociaux afin de mobiliser le grand public. Onze actrices membres de la commission y pointent l’absence des femmes de 50 ans et plus sur les écrans.

Pour toucher les médias, les institutions et le grand public, le groupe de comédiennes a organisé un colloque : « L’étrange et fabuleux destin du personnage féminin de 50 ans. Réalité et Fictions » qui s’est tenu le 6 janvier 2017 au cinéma des Cinéastes avec des tables rondes composées de plusieurs sociologues (Mélissa Petit, Mathieu Arbogast, Cécile Charlap), de médecins (le psychanalyste Thierry Delcourt et la médecin du travail Bénédicte Laumond) pour décrypter les raisons de cette situation.

« Il faut sortir de l’image patriarcale de la société et du discours éculé de la ménagère de moins de 50 ans qu’ont les décideurs dans le cinéma, à la télévision avec l’audimat ou d’autres secteurs professionnels avec la loi du marché. L’omerta autour de l’invisibilité de la femme de 50 ans doit être levée. Cette situation a un impact majeur sur la société, explique Véronique Ataly. Si les femmes de 50 ans ne sont pas représentées sur les écrans, elles ne peuvent exister pas dans la société. Il y a un sentiment d’exclusion. Et les jeunes ne peuvent pas se projeter dans leurs vies futures sans exemple. »

 

Des indicateurs clés pour déconstruire les stéréotypes

Pour avoir des clés pour agir contre cette discrimination, la commission du Tunnel de la comédienne de 50 ans de l’AAFA s’organise pour recueillir des indicateurs chiffrés. Une grande étude médico-sociologique sera lancée au niveau national au courant de l’année 2017. Elle portera sur les comédien.ne.s avec un éclairage particulier sur les comédiennes de plus de 50 ans, en collaboration avec le CMB (centre de la médecine du travail des métiers du spectacle), Audiens (organisme de protection sociale des métiers de la culture) ainsi que des sociologues et des statisticien.ne.s. Les résultats seront connus au début de l’année 2018.

« Nous souhaitons également réunir des partenaires comme le ministère de la Culture et Communication, le CSA, l’Adami et Audiens pour financer une étude genrée chiffrée précisant le nombre de rôles distribués aux femmes de plus de 50 ans pour les séries et les fictions télévisées en France, ajoute Véronique Ataly. Ces chiffres peuvent nous aider à sortir de cet inconscient collectif, de ce monde factice et fantasmé composé de jeunes et jolies personnes et effaçant la femme de 50 ans à l’image, mais aussi de la société. »

Pour déconstruire les stéréotypes, la Maison du film court lance un concours de scénario sur le thème « les femmes de 50 ans » : la sélection des 10 scénarii soutenus et des 3 projets lauréats sera révélée à l’automne 2017. Ces derniers recevront un accompagnement et une dotation de 8 000 euros pour constituer à terme à une collection de films.

 

Les autres prix spéciaux du « Sexisme, pas notre genre »

Parmi les nombreuses initiatives labellisées « Sexisme, pas notre genre », trois ont reçu un prix spécial. Focus sur ses démarches.

 

+ Prix de la Ministre

Avec le concours vidéo Buzzons contre le sexisme, l’association toulousaine v.ideaux sensibilise les jeunes de 10 à 25 ans à l’égalité entre les hommes et les femmes. Les adolescent.e.s peuvent participer en solo, en équipe ou avec leur classe en réalisant une vidéo avec leur téléphone portable ou une caméra. Au choix, chacun peut traiter un sujet libre ou une des deux thématiques de la 6e édition : l’injure et le cybersexisme. Les gagnant.e.s seront dévoilés au mois de mai 2017.

 

+ Prix du Comité de suivi

81% des violences sexuelles sont subies avant 18 ans et 51% avant 11 ans, selon l’association Résonantes. Face à ce constat alarmant, la structure a créé l’application gratuite App-Elles pour venir en aide aux filles et aux femmes victimes de violences. L’idée ? Contacter d’une seule touche ses ami.e.s, ses proches, les secours, les associations ou un.e autre interlocuteur.rice. L’application apporte des réponses immédiates et des solutions adaptées à chaque situation.

 

+ Prix des marraines/parrains

L’association féministe FIT (une femme, un toit) a lancé l’initiative Sexisme en rafale pour dénoncer à travers la photographie et la vidéo le manque de femmes dans les espaces publics comme le soir dans la rue, dans les transports en commun ou encore à l’Assemblée nationale. Avec cette initiative, elle souhaite sensibiliser à l’occupation genrée de l’espace public et déconstruire les stéréotypes.

La liste complète des Prix