Lancement du plan d’actions et de mobilisation contre le sexisme « Sexisme, pas notre genre ! »

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Palais de la Femme

8 septembre 2016

 

Seul le prononcé fait foi

 

 

Mesdames et Messieurs les élu.e.s,

Mesdames et Messieurs les représentantes et représentants du monde associatif, de la culture, du sport, des médias,

Mesdames, Messieurs, cher.e.s ami.e.s,

 

Plus qu’un plaisir, c’est une véritable joie et une grande émotion de vous voir ce soir aussi nombreuses et nombreux, dans cette salle comble. Je suis heureuse de retrouver celles et ceux qui, les tout premiers, ont répondu à l’initiative que j’avais lancée il y a à peine trois mois : les féministes historiques et celles de la nouvelle génération ; les responsables d’associations engagés de longue date dans la défense des droits des femmes, mais aussi les femmes et les hommes qui, dans leurs secteurs d’activité respectifs (le sport, la culture, le monde de l’entreprise, les médias, la publicité…), agissent au quotidien pour promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes.

Vous venez d’entendre quelques-uns de leurs représentants, et je les remercie pour leurs interventions stimulantes. Aujourd’hui, ce sont près de 30 associations ou institutions qui constituent déjà le « noyau dur » de notre mobilisation.

Au fil des semaines, ces pionnières ont été progressivement rejointes par d’autres structures, et par les personnalités qui ont accepté de mettre leur notoriété au service de notre combat commun contre toutes les formes d’inégalités, de discriminations et de violences qui s’exercent à l’encontre des femmes.

La première liste est déjà trop longue pour les citer toutes et tous, mais vous les avez vus sur l’écran. Je tiens à remercier les parrains et marraines qui sont ici ce soir, et tout particulièrement celles et ceux qui viennent d’exprimer, avec beaucoup de sensibilité et d’enthousiasme, leur volonté de s’engager dans cette campagne. Beaucoup d’autres n’ont pu être avec nous ce soir, mais ils et elles mais seront régulièrement associé.e.s aux initiatives qui vont scander les six prochains mois.

A toutes et tous : merci. Merci à chacune et chacun de contribuer à mettre en lumière notre démarche, et à en faire partager le sens à vos publics, vos réseaux, vos amis.

Au moment où nous lançons ce plan d’actions et de mobilisation, nous voilà déjà plus de 300, réuni.e.s par les mêmes convictions et la même ambition : dire non au sexisme !  Cette affluence de « forces vives » est pour moi une immense satisfaction ; mais à mes yeux, c’est surtout le signe que notre initiative répond à un besoin et à une attente qui s’expriment dans tous les champs de la société.

 

  1. Un volontarisme politique qui ne se dément pas

Bien sûr, personne ne peut contester que, depuis près d’un demi-siècle, la France est pleinement engagée dans la défense des droits des femmes et la promotion de l’égalité entre les sexes. La détermination des féministes de la première heure, alliée à la complicité de responsables politiques éclairés et courageux, a permis à notre pays de se doter d’un arsenal législatif efficace et robuste.

La cause des femmes doit évidemment beaucoup à ses militantes, mais aussi aux parlementaires et aux ministres qui ont mené la bataille de l’égalité en la traduisant dans des lois. Je pense évidemment à la loi de 1975 autorisant l’interruption volontaire de grossesse. En cet instant, mes pensées vont à celle qui lui a donné son nom, Simone Veil, qui aurait été, j’en suis sûre, heureuse d’être avec nous si sa santé le lui avait permis. Je pense, aussi, aux premières lois sur l’égalité professionnelle portées avec panache par Yvette Roudy, qui nous fait l’honneur d’être à nos côtés ce soir. Merci Yvette, tu sais combien ton soutien m’est précieux.

Je pense, bien sûr, à la loi instaurant la parité, qui a profondément, et très positivement, modifié le paysage politique dans les territoires depuis 15 ans. Je pense à l’avancée qu’a constituée la loi Copé-Zimmermann de 2011, en faveur d’une représentation plus équilibrée des femmes et des hommes au sein des conseils d’administration et de surveillance.

Et récemment encore, deux grands textes auront, je crois, constitué des progrès décisifs :

  • la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, qui a posé le cadre d’une action ambitieuse pour combattre toutes les formes de discriminations sexistes, notamment dans le monde du travail ;
  • et la loi visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées.

 

Nous avons réellement agi sur tous les fronts avec : la création de nouveaux logements et la généralisation du téléphone grand danger pour les femmes victimes de violences ; la parité imposée dans les conseils départementaux et dans les conseils d’administration des grandes entreprises ; la reconnaissance de l’interruption volontaire de grossesse comme droit à part entière ; la réforme du congé parental ; la lutte contre le harcèlement et les agressions sexistes dans l’espace public et tout particulièrement les transports en commun…

Et nous avons encore des chantiers en cours : le renforcement des compétences CSA en matière de lutte contre le sexisme dans la publicité ; la possibilité d’aggraver la condamnation de tous crimes ou délits s’ils sont reconnus comme sexistes ; la reconnaissance des agissements sexistes dans la fonction publique…

 

  1. Des avancées freinées par le plafond de verre du sexisme

Pourtant, malgré le consensus apparent, malgré les politiques publiques, malgré l’obstination des femmes, les résultats ne sont pas au rendez-vous des ambitions. Les éléments du sondage qui vient de vous être présenté le confirment : malgré notre Constitution qui proclame l’égalité entre les femmes et les hommes, 40% des femmes ressentent et pensent que la société ne les considère pas comme les égales des hommes.

Alors qu’est-ce qui freine ? Qu’est-ce qui bloque ? Qu’est-ce qui résiste aux lois, aux décrets, aux règlements ? La réponse tient en un mot : le sexisme.

Le sexisme, c’est ce plafond de verre, souvent invisible mais tellement résistant, qui constitue le principal et probablement le dernier obstacle à une réelle émancipation des femmes.

Le sexisme, ce sont toutes ces croyances ancestrales qui nourrissent et légitiment toutes les formes de discriminations ou d’agressions fondées sur le sexe.

Le sexisme, ce sont ces stéréotypes, ces propos, ces comportements qui stigmatisent, délégitiment, infériorisent les femmes : de la remarque anodine, sous couvert d’humour ou de paternalisme, jusqu’aux violences psychologiques et physiques les plus graves. Quelle perte de temps pour nous ! Le sexisme pourrit la vie des femmes.

Le sexisme, finalement, c’est ce que refusent de voir tous ceux qui disent avec condescendance « mais qu’est-ce qu’elles veulent encore, les femmes ? ». Et c’est aussi ce qui explique toutes les formes de discriminations dont elles continuent d’être victimes : les écarts de salaires persistants, les progressions de carrière freinées par l’arrivée du premier enfant, les difficultés d’accès aux responsabilités, les commentaires déplacés ou les images dégradantes dans les médias et la publicité, le harcèlement et les agressions dans les espaces publics, la sous-représentation au Parlement…

Régulièrement, je rencontre des gens qui me disent, quand je parle du sexisme : « je comprends pas… je vois pas… ».  Alors je raconte des faits, des anecdotes. Mon stock est non seulement inépuisable, mais il est sans cesse renouvelé ! Les dernières, elles ont moins de huit jours :

  • A une élue locale : « vous avez une culotte ? »
  • Je vous présente Nathalie [élection / érection]
  • Une amie, qui m’envoie ce SMS hier matin : « si tu veux des témoignages sur la façon dont, à partir de 45-50 ans, les hommes se serrent les coudes pour bloquer les femmes dans les postes de direction, appelle-moi. »
  • Et cette jeune fille en apprentissage dans une pâtisserie, qui ne compte plus les bonnes blagues sur la comparaison entre les brioches et les parties charnues de son anatomie – geste à l’appui avec les mains posées sur ces parties charnues…

 

On le voit, malgré les avancées législatives, la société piétine. Ce n’est pas seulement un sentiment partagé par la plupart d’entre nous, c’est une réalité. Et il y a urgence à s’y attaquer. L’enquête que nous avons réalisée, mais aussi les réactions des passants interrogés pour les micro-trottoirs, le confirment : nos concitoyens, femmes et hommes, ont bien conscience de ces blocages. Ils les identifient parfaitement et, à juste titre, déplorent cette forme d’immobilisme.

Ils expriment légitimement l’exigence de voir les pouvoirs publics agir, pas seulement pour faire évoluer le droit, mais aussi pour faire changer les mentalités et les comportements.

Je retiens d’ailleurs avec plaisir que l’immense majorité des personnes interrogées ne considèrent pas le féminisme comme un combat d’arrière-garde, mais comme une bataille pour l’égalité qui doit encore être menée au quotidien. Par les responsables politiques autant que par les citoyennes et les citoyens. Par les femmes comme par les hommes. Et qui appelle la mobilisation de toutes et tous.

 

  • Le plan d’actions et de mobilisation contre le sexisme

 

Oui, j’en suis convaincue, la société est disponible pour s’engager dans cette conquête, pour y prendre toute sa part aux côtés des pouvoirs publics. Je crois même qu’elle est en attente et que le moment est venu d’impulser cette dynamique collective, pour faire enfin sauter les verrous.

 

En tant que Ministre des Droits des Femmes, ma responsabilité est aujourd’hui de donner cette impulsion pour engager la nouvelle étape de cette révolution culturelle au bénéfice des femmes, mais pas seulement : chacun sait que faire avancer l’égalité, c’est faire progresser la société tout entière. C’est le sens de notre plan d’actions et de mobilisation contre le sexisme que nous lançons à cet instant ensemble, et qui trouvera son accomplissement le 8 mars prochain, à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes.

8 septembre – 8 mars : nous avons donc 6 mois, presque 200 jours, pour faire émerger cette force constructive et faire converger les énergies, les volontés, les expériences, les compétences, les expertises, les savoir-faire… Bref, pour mettre en mouvement la société aux côtés de celles et ceux qui, sur le terrain, agissent, s’engagent, créent, innovent au service de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Vous l’aurez compris, il s’agit là d’une démarche inédite, je dirais même « atypique ». Ce n’est pas une campagne de communication, ce n’est pas un nouveau plan gouvernemental constitué de projets et de mesures. Non, c’est un appel à initiatives qui met les citoyennes et les citoyens au cœur de l’action.

A l’heure où beaucoup d’entre eux expriment de la méfiance, voire de la défiance, à l’égard des responsables politiques, je dirais même que c’est une autre manière d’envisager l’action publique.

A la fois plus pragmatique et plus pérenne : une loi peut être abrogée ou réécrite, un budget peut être amputé, mais la mobilisation de la société, elle, ne peut pas être arrêtée ! Alors, à partir d’aujourd’hui et durant les 6 prochains mois, je vous propose de faire ensemble : faire du bruit, faire des rencontres, faire des propositions…pour saturer l’espace public et médiatique avec 3 objectifs :

  • Rendre visible le sexisme, c’est-à-dire nommer, montrer, dénoncer les propos et les actes sexistes partout où ils se manifestent, dans toutes les sphères et tous les lieux où perdurent les inégalités : la vie politique, le monde du travail, la sphère familiale, les établissements scolaires et universitaires, les salles de spectacles, les stades ou les terrains de sport, les espaces publics…

Et débusquer le sexisme partout où il se cache, décortiquer ses mécanismes de reproduction, y compris inconscients.

  • Deuxième objectif : mettre en lumière les femmes qui, dans tous ces domaines – l’économie, les médias, la culture, le sport, le soin aux autres, l’enseignement – résistent et réussissent. Par leur travail, leurs projets, leurs créations, elles font la preuve que le sexisme n’est pas une fatalité, et contribuent utilement, concrètement, à la bataille de l’émancipation.
  • Troisième objectif : agir ensemble pour que nous soyons chaque jour plus nombreuses et nombreux, dans l’exercice de nos fonctions, mais aussi dans notre vie personnelle, amicale, familiale, ou dans notre rôle de parent, à faire reculer tout ce qui porte atteinte à la dignité, à la liberté, à l’égalité.

 

Le ministère dont j’ai la charge lance aujourd’hui cette grande mobilisation, mais c’est bien à vous, à nous, toutes et tous ensemble, de lui donner corps au cours des six prochains mois :

  • grâce aux initiatives que vous proposerez, et qui seront relayées sur la plateforme numérique hébergée sur le site du ministère ;
  • grâce aux projets que nous pourrons construire ensemble et déployer partout en France, comme autant de petites pierres apportées à l’édifice de l’égalité réelle ;
  • grâce, enfin, à la force des liens qui vont se nouer entre toutes les actrices et tous les acteurs qui s’engagent dans cette aventure commune.

 

Cette mobilisation, à partir d’aujourd’hui, c’est la vôtre ! Nous serons ensemble jusqu’au 8 mars et j’espère qu’à cette date, grâce à la prise de conscience que nous allons susciter, nous pourrons dire ensemble : « les femmes ne se laissent plus faire ; et plus personne ne laisse faire ». Je souhaite, aussi, qu’elle soit l’occasion de constituer un réseau puissant, plus fort parce que plus large, au service de la protection des femmes et de la défense de leurs droits, en France et partout dans le monde.

 

Conclusion

La solidarité a toujours été au cœur des combats féministes. C’est cette solidarité qui nous rassemble aujourd’hui et c’est elle, encore et toujours, que nous devons continuer d’exercer à l’égard des femmes qui, chaque jour, voient leur dignité bafouée dans les pays où leurs droits sont niés. L’actualité l’a récemment montré : la France, nation des Lumières et l’universalisme laïc, est regardée, observée sur la scène internationale.

Les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité qu’elle incarne dans le monde demeurent, chacun le sait, une source d’inspiration pour toutes celles et tous ceux qui mènent la bataille de l’émancipation, et notamment celles des femmes. N’oublions pas qu’elles comptent sur nous.

Je pense ici aux femmes d’Amérique latine qui se battent pour voir enfin reconnu leur droit à disposer de leur corps, aux Salvadoriennes emprisonnées pour fausse couche car l’IVG est interdite dans leur pays. La légalisation de la contraception et de l’avortement reste un combat à mener, au sein même du continent européen. Souvenons-nous : il y a trois ans, les conservateurs espagnols envisageaient de limiter drastiquement l’accès à l’IVG. Aujourd’hui, ce sont les Polonaises qui se battent pour conserver ce droit.

Le contrôle du corps des femmes est une obsession historique des sociétés traditionnelles, car ce contrôle c’est aussi la possibilité de contraindre les femmes à le vendre, de monnayer leur consentement, d’organiser des systèmes de traite. La France est aux côtés de toutes les femmes qui en sont victimes, sur notre sol, en Europe, et bien sûr dans les zones de conflits où elles sont réduites en esclavage et où le viol est une arme de guerre à grande échelle, une arme de destruction massive. Comme en Syrie où les femmes Yézidies sont battues, violées, exterminées par Daech – et là nous pouvons, sans hésiter, parler de féminicide.

Il n’y a pas de mots pour dire l’enfer auquel ces prétendus « soldats de Dieu » les condamnent, au seul motif qu’elles sont femmes. Permettez-moi d’avoir ce soir, devant vous, une pensée pour toutes ces victimes de l’oppression et de la barbarie, et pour toutes les résistantes de la liberté, qui se battent pour conquérir, ou seulement conserver, la condition première de l’égalité : le droit à disposer de leur corps.

Rien n’est plus universel que ce combat : donner à la moitié de l’humanité la liberté de construire l’avenir qu’elle se choisit, dans un monde qui fonde les rapports humains sur la mixité, le respect mutuel et l’égalité.

 

En 2016, cette ambition devrait être une évidence ; elle est encore une exigence, dont nous devons rappeler chaque jour le caractère impérieux.

C’est le sens du moment qui nous réunit aujourd’hui et de toutes les actions que nous allons imaginer et mener ensemble jusqu’au 8 mars 2017 pour libérer notre société du sexisme. L’heure est à présent venue d’affirmer haut et fort « Le sexisme, ce n’est pas notre genre ! », mais aussi de le montrer ! Je vous invite donc à nous rejoindre, parrains, marraines, associations partenaires, et vous toutes et tous, pour une photo de famille qui marquera, j’en suis certaine, le début d’une grande et belle mobilisation.

 

Je vous remercie.