Discours de Pascale Boistard – Ouverture de l’assemblée générale de la commission nationale des agricultrices de la FNSEA

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FNSEA

Seul le prononcé fait foi

Madame la présidente de la commission nationale des agricultrices (Jacqueline Cottier)
Mesdames et messieurs,

Je vous remercie de me donner l’opportunité,  à l’occasion de votre assemblée générale, d’exprimer l’importance que revêtent des mouvements comme le vôtre dans l’atteinte de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Les femmes n’ont jamais été absentes des exploitations agricoles. Longtemps,  elles ont accompagné les hommes, chefs d’exploitation, dans le travail quotidien. Mais aujourd’hui, ce sont des rôles de premier plan qu’elles souhaitent tenir, et notre politique doit les soutenir dans cette démarche d’émancipation.

Premièrement, les jeunes femmes veulent aujourd’hui, en toute indépendance, choisir leur métier, et au sein de ceux-ci, les beaux métiers de l’agriculture. C’est le sens de la politique que je conduis pour favoriser la mixité dans tous les métiers.

Ainsi, le service public de l’orientation doit offrir à tous et toutes les moyens de ce choix. Dans le cadre du parcours Avenir déployé par l’Education Nationale, nous travaillons pour que soient présentés aux jeunes hommes et aux jeunes filles tous les métiers, pour que chacun et chacune puisse choisir sa voie. C’est un objectif ambitieux, mais les résultats sont là : les filles sont aujourd’hui environ la moitié des élèves des lycées agricoles.

Une répartition différenciée entre les filles et les garçons se poursuit au sein même des études agricoles : entre la filière équine où on trouve 89% de filles et la filière viticulture, où on trouve 85% de garçons, les stéréotypes se retrouvent. C’est pourquoi nous travaillons aussi avec le ministère de l’agriculture pour diversifier les choix des élèves entre les différentes filières de l’agriculture.

Je sais qu’il nous reste encore beaucoup de travail, notamment pour que les jeunes filles accèdent à des stages dans les exploitations agricoles, dont certaines sont encore rétives à employer des femmes. Pour cela, nous discutons avec les branches professionnelles, dans le cadre du contrat de filière.

Enfin, je suis convaincue que nous devons également agir plus fortement sur l’accès à la formation continue, encore inégalement utilisée par les femmes et les hommes.

Deuxièmement, les femmes qui travaillent sur les exploitations veulent voir ce travail reconnu, valorisé, protégé.  Elles ont désormais accès à différents statuts, mais certaines ne se sont pas encore inscrites : il faut les y encourager ! car cette affiliation les protège contre les aléas de la vie, et leur garantit l’accès à la retraite.

Mais pour valoriser ce travail, il faut aussi faire progresser les droits qui en découlent. C’est ce que le gouvernement  a fait en améliorant les conditions de retraite pour les conjoints d’exploitant, ou l’accès à l’allocation pour le remplacement des femmes qui sont en congé maternité, encore trop méconnue.

Troisièmement, les femmes veulent devenir elles mêmes cheffes d’exploitation. C’est de plus en plus le cas : on compte aujourd’hui 25% de femmes parmi les chefs d’exploitation, et plus encore parmi les plus jeunes.

Nous les aidons dans cette démarche.

Tout d’abord, sur le secteur agricole, l’éligibilité de chacun des membres d’un GAEC (Groupement Agricole d’Exploitation en Commun) à la transparence, a rendu visible les femmes dans les exploitations. Par ailleurs, les programmes de développement rural en cours de déploiement prévoient des soutiens spécifiques pour l’accès des femmes aux exploitations. Enfin, dans de nombreux départements, des prix sont désormais organisés, pour valoriser les agricultrices, et fournir ainsi des modèles d’identification aux plus jeunes.

Plus généralement, le gouvernement conduit depuis 2013 un plan pour l’entreprenariat au féminin. Ce plan apporte une attention particulière aux territoires ruraux.

Trois piliers le composent :

  • Le premier est la sensibilisation des jeunes filles. Je crois que la déléguée générale de 100 000 entrepreneurs est dans la salle ; la semaine de sensibilisation à l’entreprenariat au féminin qu’elle pilote permet à des jeunes gens, au collège, au lycée, dans les établissements de l’enseignement supérieur, de discuter avec des femmes cheffes d’entreprises. Depuis cette année, les établissements de l’enseignement agricole participent à ce programme. Je ne peux donc que vous encourager à participer à cette semaine, pour parler de vos exploitations, et créer des vocations !
  • Le deuxième est l’accompagnement : 14 réseaux d’associations, sur tout le territoire, aident les femmes à monter leurs projets.
  • Enfin, le troisième est l’aide au financement. Le Fond de Garantie à l’Initiative des femmes, dont j’ai souhaité porter le montant à 45 000€, permet de garantir les prêts accordés par les banques, pour que les femmes ne soient pas obligées de ponctionner leurs économies.

Ces dispositions sont trop peu connues des femmes et il est important de communiquer sur ces possibilités.

Quatrièmement, les femmes veulent prendre des responsabilités dans les instances qui organisent le secteur ; elles ont raison : constituant 50% de la population, elles doivent constituer 50% des décideurs ! C’est bien l’enjeu de la politique pour la parité que nous conduisons, et vous aurez bien noté que le gouvernement, depuis son arrivée, est paritaire.  La loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes a démultiplié les obligations de parité dans les instances de représentations de la société.  Des ordres professionnels aux fédérations sportives, en passant par les chambres consulaires, et au premier chef des chambres d’agriculture, tous ces organismes doivent désormais compter au moins 40% de femmes. Le pouvoir est désormais à portée de vos mains : n’hésitez pas à vous en emparer !

Dépassant maintenant les problématiques agricoles, je voulais évoquer quelques exemples d’actions que nous conduisons qui visent à améliorer la place des femmes dans la société, et atteindre l’égalité.

Sur le champ de l’égalité professionnelle, un des problèmes rencontrés par les femmes est l’articulation entre leur vie personnelle et leur vie professionnelle. Pour cela, notre gouvernement a lancé un grand plan de développement des modes d’accueil des jeunes enfants. Par ailleurs en créant le partage du congé parental, nous incitons les hommes à mieux partager avec leurs femmes les responsabilités liées aux jeunes enfants.

L’égalité passe aussi par la lutte contre les stéréotypes. Nous y travaillons dans tous les domaines, et notamment dans les médias. Le rôle du CSA dans le contrôle d’une représentation équilibrée et diversifiée des femmes et des hommes sur les ondes et les écrans a été renforcé. Car aujourd’hui encore, seuls 20% des experts que nous entendons à la télévision ou la radio sont des expertes ! Cela ne correspond pas à la réalité de notre société.

Je voulais également évoquer la lutte contre les violences faites aux femmes.  L’ampleur de ce fléau est hélas bien connue : une femme meurt tous les 2,7 jours, victime de son conjoint ; 84 000 d’entre elles disent avoir été victimes d’un viol ou d’une tentative de viol. Cette situation est intolérable. Un vaste plan d’action gouvernemental a été conçu pour lutter contre ces violences. Pour que les femmes puissent circuler librement dans l’espace public, pour qu’elles osent porter plainte, pour qu’elles trouvent des interlocuteurs formés dans la police, dans le système de santé, pour qu’elles trouvent une protection rapide et adaptée. Le 25 novembre dernier, à l’occasion de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, j’ai lancé une campagne de communication pour faire mieux connaitre le « 3919 », numéro d’écoute et d’orientation des femmes victimes de violences.

Je compte sur vous pour relayer cette information, particulièrement précieuse dans les zones rurales : les femmes ne doivent pas rester seules face à la violence, et ce numéro peut les aider à trouver des solutions.

Enfin, je ne peux pas  conclure ce discours sans vous parler  du rôle essentiel des femmes dans la lutte contre le changement climatique. Premières victimes des atteintes  à notre planète, les femmes font partie de la solution. A l’occasion de la COP 21, en s’engageant dans la lutte contre le changement climatique, elles ont montré qu’elles peuvent participer à améliorer notre monde.

Je compte beaucoup sur vous, femmes engagées dans vos territoires  pour relayer tous ces messages de mobilisation. Les lois, les acteurs politiques, sont à vos côtés. Les femmes doivent prendre la place qui leur revient dans notre société : une place égale à celle des hommes.

Merci.