Discours de Laurence Rossignol : lancement du 1er plan interministériel de mobilisation et de lutte contre les violences faites aux enfants – Mercredi 1er mars 2017

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Seul le prononcé fait foi

Monsieur le ministre [Pierre JOXE],

Madame la Défenseure des enfants,

Mesdames les sénatrices, messieurs les sénateurs,

Mesdames, messieurs les députés,

Madame la Vice-Bâtonnière,

Mesdames, messieurs les élu.e.s,

Mesdames, messieurs les président.e.s d’associations,

Mesdames, messieurs les expert.e.s,

Mesdames, messieurs,

 

         Je voudrais, avant de vous présenter ce premier plan, remercier chaleureusement celles et ceux que vous avez vus et aussi tous les autres qui ont participé à ce plan. Je voudrais particulièrement remercier qui nous aidé par leur à l’élaboration de ce plan témoignage Céline RAFAEL, Flavie FLAMENT, Laurent BOYET, Mathieu JOHANN et Andréa BESCOND. Vous les avez lus, ils ont écrit, vous pouvez les lire. Ils ont parlé, vous pouvez les écouter. Ils ont témoigné et ils nous ont aidés. Ils sont à remercier pour leur engagement, leur courage et leur présence avec nous aujourd’hui.

         Je suis très heureuse de vous retrouver aujourd’hui pour vous présenter le premier plan interministériel de mobilisation et de lutte contre les violences faites aux enfants.

          

[1. La philosophie du plan]

(La temporalité – pourquoi maintenant ?)

Certains d’entre vous ce sont interrogés sur la temporalité de ce plan, se demandant pourquoi lancer un tel projet maintenant.

A cette question, plusieurs réponses :

Pendant trois ans, je me suis attachée à déployer une politique globale de l’enfance, mais aussi à mettre en place une politique spécifique en faveur de l’enfance en danger. Cette politique est inscrite dans l’esprit et dans le respect de la Convention des droits de l’enfant. Ce plan s’inscrit dans la mise en œuvre de la Convention.

– Il vient parachever la politique que j’ai menée en matière de protection de l’enfance, notamment au travers de la feuille de route pour la protection de l’enfance et de la loi du 14 mars 2016 pour la protection de l’enfant.

– Ce plan arrive, aussi, à un moment où nous disposons des outils de pilotage national pour suivre sa réalisation. J’ai récemment installé le Haut Conseil de la Famille, de l’Enfance et de l’Age (HCFEA) et le Conseil national de la protection de l’enfance (CNPE), pourront se saisir de ce plan et s’assurer de sa pleine mise en œuvre. Chaque année, la Direction générale de la Cohésion sociale transmettra ainsi  au CNPE un bilan de la mise en œuvre du plan. 

– Au-delà de la poursuite des actions engagées dans la feuille de route pour la protection de l’enfance et la loi du 14 mars 2016, ce plan s’inscrit dans la continuité de l’idée que je défends d’une éducation sans violence.

Je sais que ce sujet crée encore des crispations au sein de la société, même si je note que depuis que je l’ai portée sur le devant de la scène, l’opinion publique a progressé sur cette question.

– Je me rappelle lorsque j’ai annoncé, il y a trois ans, que j’étais favorable à une loi qui dise que l’autorité parentale doit s’exercer sans frapper les enfants, les railleries ont été nombreuses. J’étais la Ministre qui voulait interdire la fessé. C’est tellement plus facile de parler de fessée plutôt que de châtiments corporels. Malgré cela, j’ai tenu bon, rappelant à intervalles régulières ma détermination en la matière. J’ai pu observer l’évolution des mentalités, l’opinion publique s’est faite de plus en plus favorable. Je ne regrette pas d’avoir porté cette vision d’une éducation sans violences.

 

(La lutte contre les violences, un sujet politique)

J’ai la conviction que la protection de l’enfance et la lutte contre les maltraitances ne peuvent pas être réduites à un sujet de consensus compassionnel. Bien que cela soit un sujet qui permette de transcender les clivages politiques habituels, c’est aussi un sujet profondément et éminemment politique qui convoque les représentations de la famille, de la liberté éducative, du rôle de l’Etat et  de l’école, des droits de l’enfant, de l’éducation à la sexualité et de la responsabilité dont chacune et chacun d’entre nous est investi envers tous les enfants.

–  Peu avant mon entrée au gouvernement, j’avais dit à l’occasion d’une émission de télévision que « les enfants n’appartiennent pas à leurs parents ». Ce que j’entendais par-là est qu’aucun individu, enfant ou adulte, n’appartient à quiconque. Les parents ont, certes, la responsabilité éducative de leurs enfants, mais ils n’ont pas le droit de propriété sur eux. Ils n’ont pas le droit non plus d’attenter à l’intégrité de leur enfant.

– Ce qui m’a été reproché par certains lorsque j’ai tenu ces propos, c’était l’ingérence de l’Etat dans la sphère familiale. Or, un enfant n’est pas élevé que par sa famille. Il se construit par les diverses interactions sociales qu’il peut avoir à la crèche, à l’école, lors d’activités extra-scolaires, dans son rapport aux réseaux sociaux, à Internet… Le rôle de la famille est justement de porter les enfants hors du foyer, de les accompagner vers l’autonomie tout en assurant leur besoin d’affection, de sécurité et de protection.

 

– Même si nous aimerions croire le contraire, la famille n’est pas nécessairement protectrice. Elle est même le premier lieu où se produisent les violences à l’égard des enfants.

– Dès lors, il est évident que l’Etat, comme chacun des citoyens, a une responsabilité à jouer dans la protection des enfants, et donc de pousser la porte des familles, des foyers, d’observer ce qu’il se passe derrière les murs clos de la cellule familiale pour protéger les enfants.

– L’objectif premier de ce plan est de mettre en lumière l’existence de violences intrafamiliales et de réduire la tolérance sociale à ces violences.

 

(Objectif 1 : Réduire  la tolérance sociale face aux violences)

– Nous sommes encore trop nombreux à porter des œillères, à ne pas vouloir voir ces violences. Chaque fois que des violences à l’égard des enfants sont médiatisées, chaque cas de maltraitance continue de nous surprendre et de nous indigner. Pourtant, les violences faites aux enfants sont encore trop taboues. Je devrais plutôt dire que ces violences sont REDEVENUES taboues après les grandes avancées que nous avons connues  suite à l’adoption de la convention des Droits de l’Enfant en 1989. Aujourd’hui, la France a régressé dans ce domaine !

– C’est en travaillant sur le 5e plan de mobilisation et de lutte contre les violences faites aux femmes que la nécessité d’avoir un dispositif similaire dans la lutte contre les violences faites aux enfants m’est apparue et s’est imposée. Aujourd’hui, bien que la marge de progression soit encore importante, nous avons accompli de réelles avancées en matière de lutte contre les violences faites aux femmes. Les mêmes avancées ne se constatent pas en matière de lutte contre les violences faites aux enfants. Les réactions ne sont pas les mêmes lorsque l’on voit une femme ou un enfant recevoir une claque ou être insulté.e dans la rue.

– Une des raisons d’être de ce plan est de lutter contre cette tolérance sociale face aux violences qui sont faites aux enfants. Cette tolérance demeure trop élevée à en juger par les débats qui ont occupé les rangs de l’Assemblée nationale et du Sénat lors de l’examen du projet de loi égalité citoyenneté et plus précisément de l’amendement à l’article 371-1 du Code civil définissant l’autorité parentale comme devant s’exercer sans punition corporelle.

– Je regrette que des sénateurs de l’opposition aient jugé utile de déférer au Conseil constitutionnel cette définition nouvelle de l’autorité parentale. Je ne comprends pas ce qu’ils souhaitaient défendre : le droit de frapper ses enfants ? Contester cette disposition revient à dire : « Vous pouvez frapper vos enfants, vous en avez le droit, mais pas trop, pas au point de les tuer, de les martyriser. »

– C’était un article nécessaire pour promouvoir une société apaisée et bienveillante. Mais, c’était surtout une base indispensable de discussion avec les parents, pour définir où commence la violence à l’égard des enfants.

– Je tiens à préciser que cette censure du conseil constitutionnel s’est faite uniquement sur un argument de procédure. En rien, le contenu de l’amendement a été censuré.

– Je ne sais pas dire à quel moment débute la violence, sur quels critères. Je ne sais pas définir quand la violence devient maltraitance. C’est extrêmement compliqué et, pour bien lutter contre la maltraitance, il est infiniment plus sécurisant de dire qu’aucune forme de violence et de punition corporelle n’est admise à l’égard des enfants. Ce que je veux faire changer, c’est l’idée que la violence puisse être une méthode éducative. Ce n’est jamais le cas.

 

(Objectif 2 : Ne pas rester passifs face aux violences)

– La publication du premier plan de mobilisation et de lutte contre les violences faites aux enfants permettra donc d’éveiller les consciences sur l’ampleur de ces violences, de lever un tabou sur leur réalité mais aussi de libérer la parole. Quand j’évoque la libération de la parole, je pense bien évidemment en premier lieu à celle des victimes mais également à celle des témoins.

– Depuis début janvier, la presse nationale a médiatisé au moins 6 morts d’enfants du fait de violences intrafamiliales. La situation de ces enfants âgés de 1 à 15 ans n’était pas inconnue. Ils ne vivaient pas perdus au milieu d’une forêt, ils ne vivaient pas isolés de tout voisinage. Ils étaient entourés de voisins, de familles… Certains allaient à l’école. Pourtant, ces enfants n’ont pas pu être sauvés… Une fois les drames passés, une fois les marches blanches organisées, les langues se délient. « C’est vrai qu’on se doutait de quelque chose… », « On se disait qu’ils n’étaient pas nets… que quelque chose ne tournait pas rond… ».  Les témoignages qui ont été projetés il y a quelques instants l’illustrent parfaitement. Un enfant victime de violence est très rarement coupé du monde. Dès qu’il existe le moindre doute, il faut agir. C’est tout l’objet de la campagne de communication qui accompagne le plan. « Enfants en danger : dans le doute, agissez ». L’action peut revêtir diverses formes : un appel passé au 119 ou à une association de protection des enfants, un échange avec d’autres voisins pour partager ses craintes, une discussion avec l’enfant… En cas de danger grave et immédiat, un appel à la police ou à la gendarmerie. Il ne faut jamais taire ce doute.

– Il y a un très joli proverbe africain qui dit « il faut tout un village pour élever un enfant ». Et bien, nous sommes ce village de ces enfants vulnérables et exposés aux violences.  

– Nous sommes tous responsables des enfants qui grandissent à nos côtés. Nous avons des obligations à leur égard. Celles-ci sont définies par la convention des droits de l’enfant et notamment l’obligation de leur garantir le respect du droit de vivre en sécurité, d’être protégé.

Il est primordial que les enfants puissent se sentir protégés par les adultes qui les entourent. Cela est encore plus vrai lorsque les adultes les plus proches des enfants, ceux que les enfants considèrent comme leurs premiers protecteurs sont défaillants dans cette protection, ou en sont même les auteurs. 

 

 

[2. La méthode du plan]

Avant de vous présenter le plan, je tiens à préciser que sur la méthode, j’ai souhaité utiliser celle de la concertation. Comme pour l’élaboration de la feuille de route pour la protection de l’enfance et l’ensemble des politiques que j’ai conduites, j’ai choisi d’associer à sa préparation l’ensemble des acteurs. Les associations sont familières de ma méthode de travail. Pendant trois ans, nous avons réfléchi ensemble de manière quasi permanente, et toujours décloisonnée.

Ce plan a donc été élaboré en concertation avec des expertes et experts de différents domaines et disciplines : médecins, militants associatifs, chercheurs, magistrats, avocats… mais aussi des victimes, qui sont des « experts du vécu ».

Beaucoup de ceux qui ont participé à la concertation sont présents aujourd’hui et je les en remercie. Je tiens à remercier chacune et chacun d’entre vous pour votre engagement et votre disponibilité. Vous n’avez pas hésité à accepter notre invitation à participer à ce plan, malgré les délais restreints et vos agendas chargés. Je sais, par ailleurs, que votre mobilisation pour ce plan ne s’arrêtera pas aujourd’hui.

 

[3.Le contenu du plan]

(Axe 1 – Améliorer la connaissance et comprendre les mécanismes de violences)

– Le premier plan de mobilisation et de lutte contre les violences faites aux enfants met en place différents leviers pour rendre visibles les violences, mieux les repérer et mieux les prendre en charge.

– Lorsque j’évoquais il y a quelques instants les 6 meurtres d’enfants dont nous avons eu connaissance depuis le début de l’année, je ne décris pas toute la réalité des violences faites aux enfants.

– Tout d’abord, ces morts sont celles qui ont été médiatisées. D’autres meurtres n’atteignent même pas les pages de la presse quotidienne régionale. Lorsqu’elles ne sont pas reléguées au statut de faits divers, ces morts sont ignorées. Nous ne disposons pas aujourd’hui de connaissances statistiques fiables sur les morts d’enfants liées à des violences au sein de la famille. Les chiffres  de l’intérieur et de la justice varient de 1 à 10. C’est tout l’objet du premier axe du plan qui consiste à « Améliorer la connaissance et comprendre les mécanismes de violences » car on ne combat bien que ce que l’on connait.

La mesure 1 vise ainsi à recenser et à publier annuellement le nombre d’enfants morts à la suite de violence au sein de sa famille. C’est-à-dire faire ce qui a été fait il y a plus de 10 ans sur les violences faites aux femmes, rendant ainsi visibles pour le grand public l’ampleur de ces violences.

– La mesure 2 s’inscrit dans le prolongement de ce recensement statistique car elle vise à systématiser les examens post-mortem en cas de mort inattendue du nourrisson. Nous le savons parfaitement aujourd’hui, certaines morts qualifiées de « mort subite du nourrisson » sont, en réalité, des homicides. Méconnaître ces morts violentes empêche les poursuites mais empêche surtout, en premier lieu, la protection des autres enfants de la fratrie et / ou la prévention de la récidive.

Par ailleurs, une mort d’enfant liée à des violences intrafamiliales est toujours la conséquence d’une violence, d’un coup de trop ou d’un coup trop fort. Ce plan a pour vocation d’évoquer l’ensemble des violences. J’ai évoqué les morts car ce sont elles qui illustrent le paroxysme des violences. Néanmoins, chaque acte de violence qu’il soit meurtrier ou non, compromet le développement et le bien-être futur de l’enfant.

Le plan contient aussi des dispositions sur les violences sexuelles. La mesure 3 vise ainsi à développer les connaissances dont nous disposons sur l’inceste. Une expertise collective sera menée en ce sens par le CNRS. Ces violences sont bien trop souvent tues et dissimulées au sein des foyers.

Sur l’amélioration de notre compréhension des violences, les mesures 4 et 5 ont pour objet d’analyser les fonctionnements des institutions qui n’ont pas pu empêcher des morts violentes d’enfant. Il s’agit ainsi d’apprendre de nos erreurs en systématisant les retours d’expériences.

Je ne détaillerai pas chaque mesure du présent plan qui est à votre disposition dans la salle. Mais je tiens à vous en donner une vue d’ensemble suffisamment précise.

(Axe 2 – Sensibiliser et prévenir)

Le plan se divise en 4 axes : je viens de vous présenter le premier. Le deuxième vise à « sensibiliser et prévenir » les enfants, les parents et l’ensemble de la société face à ces violences.

Cela se traduit par le développement d’outils et de lieux de soutien à la parentalité. Accompagner les parents dans l’exercice de leur parentalité, c’est prévenir les situations de rupture. C’est aussi protéger les enfants. C’est en ce sens que s’inscrit mon action en faveur de l’éducation sans violence (mesure 6).

 Je présenterai, par ailleurs, le 21 mars prochain un livret à destination des parents d’adolescents qui prolonge le livret des parents – première naissance. En effet, on constate qu’il manque d’outils et de lieux d’accueil pour recevoir enfants et parents après les 6 ans de l’enfant.

Dans cette logique d’accompagnement des parents, j’ai aussi souhaité qu’une mesure soit dédiée à la prévention de l’exposition des mineurs à la pornographie. Un premier temps de travail réunissant des experts de cette question se tiendra à la fin du mois. Exposer les enfants à la pornographie est une forme de violence, encore trop souvent sous-estimée, qui peut avoir d’importantes répercussions dans le développement de l’enfant, son apprentissage de la sexualité et dans le rapport entre filles et garçons (mesure 7).

Pour « sensibiliser » les enfants, les parents et l’ensemble de la société, des outils de prévention des violences sexuelles ou du syndrome du bébé secoué seront aussi développés (mesures 9 et 10).

Au-delà des actions  de soutien à la parentalité, j’ai souhaité lancer  la campagne « Enfants en danger : dans le doute, agissez » qui vous a été présentée il y a quelques instants. Le ministère soutiendra également la campagne lancée la semaine prochaine par la Voix de l’enfant sur le 119 – Allô Enfant en Danger (mesure 8). Il est essentiel de rappeler l’existence de ce numéro vert qui est insuffisamment connu et dont l’action est pourtant cruciale. Je tiens donc à remercier le GIP Enfance en Danger (GIPED), et plus particulièrement le Service national d’accueil téléphonique de l’enfance en danger (SNATED), pour leur action quotidienne et leur mobilisation qui sera encore plus forte dans les jours et semaines qui viennent.

(Axe 3 – Former pour mieux repérer)

Donner à chacun les moyens d’agir est indispensable pour mieux repérer les situations de violences. Le plan porte ainsi une attention particulière à la formation des professionnels qui sont régulièrement au contact des enfants : médecins, enseignants, professionnels de la petite enfance, animateurs, travailleurs sociaux, magistrats, policiers et gendarmes…  C’est l’objet de l’axe 3 du plan qui consiste à « former pour mieux repérer ». Un outil de formation va donc être développé et mis à disposition de ces professionnels et des instituts de formation. Cet outil est une première étape pour que, dans un deuxième plan, la question de la formation puisse être encore davantage développée (mesure 12).

Pour améliorer le repérage des enfants victimes de violences, j’ai également souhaité qu’un médecin référent sur les violences faites aux enfants soit désigné dans chaque hôpital, sur le modèle des référents « violences faites aux femmes ». Les hôpitaux sont des lieux de passage importants, propices au repérage des violences. Pourtant, le questionnement systématique sur la maltraitance n’est pas ou peu pratiqué et les médecins se trouvent souvent démunis face à des situations de violences, hésitant parfois à les signaler. Le médecin référent sera, pour eux, une ressource précieuse (mesure 11).

Le plan comporte également des mesures (13 et 14) relatives au repérage des enfants victimes de violences au sein du couple, dans le prolongement du 5e plan de lutte contre les violences faites aux femmes. Il était pour moi nécessaire de mettre en cohérence les deux plans sur le sujet. Je tenais à réaffirmer que des enfants exposés à des violences conjugales ne sont pas des enfants TEMOINS mais bel et bien des enfants VICTIMES. Le premier plan de lutte contre les violences faites aux enfants prolonge donc le 5e plan en développant les liens qui existent entre le 119 – Allô Enfance en Danger et le 3919 – Violences Femmes Info. Je signerai dans quelques instants, aux côtés des présidentes du GIP Enfance en danger et de la Fédération Nationale Solidarités Femmes, cette convention de partenariat qui permettra de transférer plus facilement les appels d’une plateforme à l’autre. Cette convention participera à la diffusion d’une culture commune entre les professionnels de la protection de l’enfance et ceux de la lutte contre les violences faites aux femmes.

 

(Axe 4 – Accompagner les enfants victimes de violences)

Les écoutantes et écoutants du 119, du 3919 et de 08VICTIMES seront également spécialement formés  à la question de l’inceste et des violences sexuelles commises durant la minorité (mesure 15). La révélation des faits d’inceste, et plus généralement d’agressions sexuelles, commis durant l’enfance intervient bien souvent des années après qu’ils ont eu lieu. Les faits peuvent ainsi être prescrits. Les victimes se trouvent alors démunies, ne sachant pas vers quelles structures s’orienter. Développer les lignes d’écoute à leur égard permet de mieux les accompagner et contribue à libérer la parole.

 L’amélioration de l’accompagnement des victimes de violences durant leur enfance, c’est-à-dire à la fois des enfants victimes de violences mais aussi des adultes qui ont été victimes durant leur enfance, est l’objet de l’axe 4 du plan.

La mission de consensus sur les délais de prescription des viols commis durant l’enfance que j’ai lancée en janvier dernier et qui est présidée par Flavie FLAMENT et le magistrat Jacques CALMETTES s’inscrit dans cet objectif. Les conclusions qui seront rendues début avril, permettront, je l’espère, de dégager des points de consensus sur cette question (mesure 21).

La meilleure prise en compte des victimes proposée par l’axe 4 du plan se traduit également par des mesures visant à améliorer le recueil de la parole de l’enfant victime :

– en  élaborant, par exemple, un statut unique pour les unités d’assistance à l’audition des mineurs victimes, de type Unités d’accueil médico-judiciaire pédiatriques (mesure 16) ;

–  ou en développant des outils dédiés au recueil de la parole de l’enfant (mesure 17).

Des mesures concernent aussi la prise en charge médicale des victimes de violences durant leur enfance. Lors de l’élaboration du plan, il m’a paru nécessaire de rappeler que les violences ont des effets importants sur la santé de l’enfant et, plus tard, de l’adulte. Certaines études établissent que le principal déterminant de la santé à 55 ans est d’avoir subi des violences dans l’enfance. Il est donc indispensable de prendre en charge les enfants victimes de violences le plus tôt possible et de la façon la plus adaptée qu’il soit. Le plan prévoit donc :

– d’informer les médecins et les victimes de violences sexuelles durant leur enfance de la prise en charge à 100 % des frais médicaux dont ils peuvent bénéficier (mesure 18).

– De même, il est impératif de repenser une prise en charge des soins spécifiques aux psycho-traumas liés à des violences intrafamiliales (mesure 19).

 

Vous l’aurez compris, ce plan vise à aborder la question des violences faites aux enfants dans leur globalité : de la connaissance des violences, leur prévention à leur prise en charge.

 

[3. La mise en œuvre du plan]

(Un plan ambitieux qui ne doit pas susciter de frustrations)

Ce plan est donc ambitieux pour un premier plan. Mais je sais qu’il y aura des frustrations, notamment pour ceux qui espéraient un plan à l’image du 5e plan de mobilisation et de lutte contre les violences faites aux femmes. Si ce plan devait être comparé à un autre, cela devrait être au premier plan de lutte contre les violences faites aux femmes. Si c’est le cas, nous n’avons pas à rougir.

Nous pouvons être collectivement fier.e.s de ce que nous avons accomplis et des fondations que nous posons aujourd’hui avec ce premier plan.

 

 

(Un plan interministériel)

Autre point sur lequel j’aimerais attirer votre attention : l’interministérialité de ce plan. C’est ce qui fait sa force. Chaque mesure de ce plan identifie un ministère pilote qui sera en charge de sa mise en œuvre. Nous disposons ainsi de plusieurs leviers d’action pour que les dispositions de ce plan ne demeurent pas des vœux pieux.

Etre Ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des Femmes m’a permis d’avoir à ma disposition plusieurs leviers et différents outils d’actions. J’ai pu mobiliser la politique familiale et le soutien à la parentalité mais aussi les politiques en faveur des droits des femmes.

Pour avoir une politique globale de lutte contre les violences faites aux enfants, la globalité des violences intrafamiliales doit être bien appréhendée. Tous ceux qui s’impliquent auprès des familles doivent avoir conscience de ces enjeux.

Les ministères de l’Education nationale, des Affaires sociales et de la santé, de la Justice, de l’Intérieur, de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, tous se sont mobilisés pour l’élaboration de ce plan.

Le récent Secrétariat général d’aide aux victimes, placé auprès du Premier Ministre, est un acteur supplémentaire sur lequel ce plan pourra s’appuyer.

 

(Une mise en œuvre qui dépend de la mobilisation collective)

La mise en œuvre de ce plan interministériel exige donc l’engagement de tous, la mobilisation de chacun et la constance des pouvoirs publics. Après évaluation, il devra être suivi, en 2019, d’un deuxième plan qui approfondira et renforcera cette dynamique.

J’ai bien conscience de ne pas pouvoir m’engager pour les prochains plans, à ce qu’un deuxième plan soit mis en place ou pour que celui-ci soit pleinement mis en œuvre.

Néanmoins, je suis optimiste quant à l’avenir de ce plan :

– Tout d’abord parce que ce plan a été élaboré de manière concertée. Il répond à des besoins constatés et partagés par tous.

– Il répond également à des observations formulées par le Comité des droits de l’enfant des Nations unies. A la suite de l’audition de la France en janvier 2016, le Comité a en effet recommandé « l’adoption d’une stratégie globale visant à prévenir et combattre toutes les formes de violence à l’égard des enfants ». C’est désormais chose faite. 

– Enfin, je connais l’engagement de chacune et chacun d’entre vous dans la lutte contre les violences faites aux enfants. Je sais votre  ténacité et votre persévérance.

Cet outil que nous avons élaboré ensemble est désormais à votre disposition pour poursuivre, engager, parvenir à une action collective en faveur de l’enfance et à une société bienveillante et protectrice à leur égard.

Je vous remercie.

 

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